La relation entre le prix de l’électricité et les vagues de chaleur : Comment le réchauffement climatique met à l’épreuve le système électrique européen.
Introduction.
Maintenant que nous avons laissé derrière nous la première semaine de juillet, il semble que les températures retrouvent des niveaux plus habituels pour la saison : élevées, certes, mais sans atteindre des extrêmes. Tout laisse à penser que, au moins au cours de la semaine actuelle, nous pourrons temporairement laisser de côté les journées avec des maximales dépassant les 45 °C et les nuits étouffantes où les températures minimales restaient supérieures à 27 °C.
Malheureusement, cependant, cet été 2025 met une nouvelle fois en évidence une réalité climatique de plus en plus difficile à ignorer. Malgré cela, certains continuent, de manière démagogique, à maintenir des discours climato-sceptiques et à alimenter l’idée que de telles situations se produisaient déjà il y a trente ou quarante ans, dans le seul but de défendre des intérêts économiques ou de récolter des bénéfices politiques. La réalité, pourtant, aussi longtemps qu’on cherche à la déformer, reste têtue. Les données parlent d’elles-mêmes. Les températures enregistrées au cours des dernières semaines ont, à certains moments, dépassé de 4 à 6 degrés la moyenne historique des cent dernières années pour ces mêmes périodes.
Parmi les nombreuses conséquences, cette première vague de chaleur officielle de l’été 2025 a placé sous une énorme pression les systèmes électriques de toute l’Europe. Dans un rapport publié récemment par EMBER, un think tank indépendant à but non lucratif spécialisé dans l’analyse du secteur énergétique, il est souligné que la vague de chaleur ayant touché une grande partie du continent entre la fin juin et le début juillet a provoqué une augmentation notable de la demande d’électricité dans tous les pays européens, aussi bien au nord qu’au sud. Cette hausse soudaine de la demande a eu plusieurs conséquences. Parmi elles, le rapport met en avant que les prix de l’électricité ont grimpé à des niveaux bien supérieurs à l’habitude, en raison de l’augmentation de la consommation, provoquée entre autres par l’utilisation massive de climatiseurs et de systèmes de réfrigération dans les foyers, les commerces et les industries. Mais aussi, et c’est un point clé, en raison de la baisse de rendement et de capacité de production des centrales nucléaires, des installations de cogénération et des centrales à cycle combiné, directement affectées par cette hausse des températures.
Le défi des centrales nucléaires et thermiques pour garantir la production d’électricité dans le contexte actuel de réchauffement climatique.
Lorsqu’on parle de changement climatique et de l’augmentation soutenue des températures mondiales, le débat public se concentre souvent sur les conséquences environnementales ou sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, il existe un aspect fondamental dont on parle rarement et qui devient de plus en plus pertinent : le réchauffement climatique et les températures extrêmes affectent très négativement la capacité de production d’électricité des centrales nucléaires, de cogénération et à cycle combiné, qui, dans le contexte actuel, continuent d’être l’un des piliers essentiels des systèmes de production que nous utilisons.
L’électricité n’est pas une source primaire d’énergie, mais le résultat d’un processus de transformation à partir d’autres formes d’énergie, qu’il s’agisse de la lumière solaire, du vent, de l’eau, des hydrocarbures ou de l’uranium. Et dans ce processus de transformation, la quantité d’énergie électrique obtenue sera toujours inférieure à la quantité initiale d’énergie primaire disponible. C’est un fait inévitable, indépendamment des améliorations technologiques que nous pouvons avoir maintenant ou à l’avenir. Le rendement maximal atteignable dans la production d’électricité sera toujours inférieur à 100 % en raison des lois de la thermodynamique.
Mais que signifie cela en pratique dans une centrale nucléaire ou thermique ? Pour le comprendre, il faut savoir que ce type de centrale est, dans les grandes lignes, constitué de deux circuits distincts. Le circuit primaire est un circuit fermé où la combustion de gaz ou la réaction de fission nucléaire produit de la vapeur à haute température et pression. Cette vapeur fait tourner une turbine qui est reliée à un générateur électrique chargé de transformer l’énergie mécanique en électricité. D’autre part, il y a le circuit secondaire, dont la fonction est de refroidir la vapeur du circuit primaire une fois qu’elle a cédé son énergie, au moyen de grands échangeurs thermiques, permettant ainsi au cycle du circuit primaire de recommencer. Ce refroidissement se fait généralement en utilisant de l’eau prélevée de l’extérieur (rivière, lac ou mer) et de l’air ambiant, et la température à laquelle cette eau et cet air sont captés est ici un facteur clé.

Pourquoi la température extérieure est-elle si importante dans une centrale de ce type ? Parce que le rendement de la centrale dépend directement de la différence de température entre la vapeur du circuit primaire et la source froide, qui est l’eau ou l’air utilisés pour refroidir le système dans le circuit secondaire. Si cette source froide, comme l’eau prélevée dans une rivière ou l’air atmosphérique, atteint une température plus élevée que la normale pour des raisons climatiques, comme lors d’une vague de chaleur, alors le rendement de la centrale pour produire de l’électricité diminue, car la capacité de refroidissement de la vapeur du circuit primaire par l’eau et l’air du circuit secondaire est réduite. Et l’élément clé pour mener à bien ce processus de refroidissement dans les centrales nucléaires et thermiques réside dans les grandes tours de refroidissement dont elles disposent. Dans ces centrales, l’eau utilisée dans le circuit secondaire pour refroidir la vapeur du circuit primaire est acheminée à travers la tour de refroidissement. Une fois que l’eau du circuit de refroidissement a absorbé la chaleur de la vapeur du circuit primaire, elle est conduite vers la tour de refroidissement, où elle est refroidie en entrant en contact avec l’air extérieur en tombant sous forme de gouttelettes de pluie à l’intérieur de la tour. Pendant sa descente à l’intérieur de la tour, une petite partie de cette eau, généralement entre 1 % et 3 %, s’évapore. C’est ici que réside la clé du processus : lors de cette évaporation, une grande quantité d’énergie est libérée en raison de ce qu’on appelle la chaleur latente de changement de phase, ce qui entraîne le refroidissement du reste de l’eau qui ne s’évapore pas. Cette eau est ensuite recueillie à la base de la tour et réutilisée dans le circuit secondaire. Seule la fraction évaporée doit être remplacée par de l’eau provenant du milieu naturel.
Cependant, lors des vagues de chaleur, le refroidissement dans ces tours représente un défi majeur pour le fonctionnement des centrales, car le processus de refroidissement de l’eau est affecté par deux facteurs. Le premier est que, tant la température de l’air que celle de l’eau prélevée des rivières étant plus élevées que la normale, cela réduit la capacité de refroidissement et provoque une diminution de l’efficacité de la centrale, car la centrale peut produire moins d’électricité pour chaque unité d’énergie thermique consommée. Le second facteur qui influence également le rendement de la centrale n’est pas physique, mais légal. Il faut tenir compte du fait que la température maximale à laquelle la centrale peut rejeter l’eau dans la rivière, le lac ou la mer est réglementée par la loi. Chaque pays fixe ses propres limites légales, soit sous forme de température maximale absolue, soit sous forme de gradient thermique entre la température de captage et celle de rejet. Par conséquent, lorsque l’eau prélevée des rivières atteint des températures proches ou supérieures à cette limite légale, comme cela peut se produire pendant les vagues de chaleur, la centrale est contrainte de réduire sa capacité de production, voire de s’arrêter complètement pour se conformer à la réglementation environnementale.
Ainsi, voici une conséquence directe du changement climatique et du réchauffement global dont on parle rarement et qui affecte toutes les technologies de production d’électricité. Les températures élevées non seulement augmentent la demande en électricité, mais affectent également négativement la capacité de produire de l’électricité, ce qui entraîne une augmentation des coûts de production précisément aux moments où la demande est la plus élevée.
L’impact des vagues de chaleur sur les prix de l’électricité en Espagne, en France et en Allemagne.
Face à ce scénario, il est intéressant de comprendre comment la vague de chaleur a affecté le système électrique de pays comme l’Espagne, la France et l’Allemagne, et comment ces circonstances ont eu un impact direct sur les prix de l’électricité que nous payons tous.
Ce que l’on a constaté ces dernières semaines, c’est que cette première vague de chaleur de l’été a eu un effet direct et marqué à la fois sur la consommation d’électricité et sur le prix de l’électricité. Lorsque, ces derniers jours, les températures ont dépassé 35, 40 voire 45 degrés dans de nombreuses régions d’Allemagne, de France et d’Espagne, la consommation d’électricité a explosé, principalement en raison de l’utilisation massive de climatiseurs et de systèmes de réfrigération dans les foyers, les commerces et les industries. Selon le rapport d’EMBER, cette vague de chaleur a entraîné une augmentation moyenne de la demande d’électricité allant jusqu’à 14 % en Espagne, 9 % en France et 6 % en Allemagne par rapport à la semaine précédente, des chiffres bien supérieurs à ce qui est habituellement attendu pour cette période.
Les données enregistrées ces derniers jours ont montré que cette augmentation soudaine de la demande a eu un impact immédiat sur les prix du marché électrique de gros. Et ce que le rapport d’EMBER met clairement en évidence, c’est que, bien que les cas de l’Espagne, de la France et de l’Allemagne soient différents, la réalité est que, dans chacun d’eux, les prix de l’électricité ont connu des hausses significatives en raison de cette vague de chaleur.
En Espagne, la situation initiale était déjà complexe, car le système électrique, avant la vague de chaleur, souffrait d’une certaine tension en raison de la chute du réseau électrique en mai, un épisode qui avait mis en évidence des faiblesses structurelles. Cette situation préexistante s’est aggravée avec la vague de chaleur, qui a entraîné une augmentation de la demande d’électricité allant jusqu’à 14 % entre le 24 juin et le 1er juillet. Cette hausse soudaine de la demande a eu un impact direct sur les prix du marché de gros day-ahead, le prix moyen quotidien atteignant 93 €/MWh fin juin, avec une augmentation de 14 % par rapport au jour précédent et des pointes maximales de 159 €/MWh entre 21h00 et 23h00 le 26 juin, coïncidant avec la nuit la plus chaude de cette vague de chaleur sur la péninsule ibérique. Malgré cette forte augmentation de la demande, les réserves d’eau disponibles pour la production hydroélectrique ont joué un rôle clé pour contenir la flambée des prix, évitant qu’ils n’atteignent les niveaux extrêmes observés sur d’autres marchés comme la France ou l’Allemagne. Sans ce soutien hydroélectrique, le système aurait été encore plus tendu. La capacité de production s’est particulièrement trouvée sous pression aux heures de pointe, lorsque la demande massive de climatisation coïncidait avec la disparition de la production photovoltaïque au coucher du soleil, entraînant un maintien soutenu des prix élevés tout au long de la journée. Tout cela a placé le prix du marché électrique espagnol nettement au-dessus de la moyenne des mois précédents, où les valeurs habituelles tournaient autour de 70 €/MWh. Ces données mettent en évidence la vulnérabilité du système électrique espagnol face à des situations météorologiques extrêmes et illustrent la difficulté croissante à maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande d’énergie dans un contexte de réchauffement climatique qui accentue ces déséquilibres.
En ce qui concerne la France, un pays où l’énergie nucléaire est le pilier fondamental du système électrique, la situation a été tout aussi critique, mais pour des raisons différentes. La France possède l’un des parcs nucléaires les plus vastes d’Europe, avec des centrales réparties sur tout le territoire qui couvrent habituellement une part très importante de la demande électrique nationale. Cependant, les hautes températures de cette vague de chaleur ont provoqué une vulnérabilité inattendue : 17 des 18 centrales nucléaires françaises ont dû réduire leur production ou s’arrêter partiellement parce que ces installations dépendent de grands volumes d’eau pour se refroidir. Avec la température des rivières comme la Loire, la Garonne ou le Rhône bien au-dessus des seuils habituels, ces centrales ne pouvaient garantir le refroidissement nécessaire pour fonctionner en toute sécurité. Cette situation a entraîné une réduction allant jusqu’à 15 % de la capacité nucléaire disponible et a conduit le marché électrique français à enregistrer des prix proches de 400 €/MWh aux heures de pointe. Le rapport souligne également qu’en moyenne, les prix ont plus que doublé (+108 %) par rapport aux jours précédant la vague de chaleur, mettant en évidence l’importance croissante des facteurs environnementaux dans la viabilité technique des technologies nucléaires.
Enfin, en Allemagne, la situation a été encore plus extrême. Le pays a enregistré la plus forte augmentation du prix de l’électricité parmi les trois grands marchés analysés. Selon le rapport EMBER, la demande a augmenté de 6 % et, parallèlement, les prix ont bondi de +175 % par rapport aux jours précédents. Les prix ont dépassé 400 €/MWh aux heures de pointe, avec un maximum absolu enregistré de 476 €/MWh à certains moments critiques. Malgré une grande capacité installée d’énergie solaire, qui a couvert jusqu’à 39 % de la demande pendant les heures centrales, le système a buté sur une grande difficulté : le manque de capacité flexible pour couvrir les besoins énergétiques pendant les heures sans soleil, en particulier lors des nuits chaudes. C’est alors que les centrales à gaz ont pris le relais comme principale source pour soutenir le réseau. Mais ces centrales ont également souffert d’une perte d’efficacité due aux températures élevées, de manière similaire aux centrales nucléaires françaises, ne parvenant pas à dissiper correctement la chaleur. L’ensemble de ces facteurs a encore aggravé la flambée des prix et a mis en évidence la vulnérabilité d’un système fortement dépendant de la climatologie et disposant de peu de marge de flexibilité pour absorber les pics de demande.
Principales causes de l’augmentation des prix de l’électricité face aux vagues de chaleur dans les systèmes électriques européens.
Il n’existe pas une seule cause qui puisse expliquer les récentes hausses des prix de l’électricité observées sur les différents marchés du système électrique européen au cours de la dernière semaine. Les causes sont multiples, étroitement interconnectées, mais elles partagent toutes un dénominateur commun : l’incapacité des systèmes actuels à répondre avec suffisamment de rapidité et de flexibilité aux nouveaux contextes climatiques et énergétiques que nous connaissons.
Ce problème, résultant de l’augmentation soutenue des températures et de la baisse conséquente de l’efficacité des centrales nucléaires et thermiques, s’ajoute à un autre défi structurel que les systèmes électriques européens traînent depuis des années : le manque de flexibilité des systèmes de production d’électricité, surtout depuis l’introduction massive de l’énergie solaire photovoltaïque dans le mix énergétique quotidien. Ce manque de flexibilité se manifeste par de grandes différences de prix entre les heures diurnes et nocturnes. Pendant les heures ensoleillées, la production photovoltaïque est abondante et économique, ce qui contribue à modérer les prix. Mais lorsque le soleil se couche, la production solaire disparaît complètement, alors que la demande peut rester très élevée, en particulier lors des vagues de chaleur comme celles que nous avons connues cet été. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande est l’un des facteurs qui exerce le plus de pression sur le système et explique en partie les hausses de prix actuelles.
Dans ce contexte, deux facteurs clés expliquent pourquoi la combinaison entre la vague de chaleur et le manque de flexibilité a directement provoqué la hausse des prix de l’électricité ces derniers jours :
Premièrement, les températures nocturnes élevées entraînent un maintien de la demande d’électricité même pendant la nuit, un phénomène de plus en plus fréquent en raison de la prolifération des nuits tropicales, où la température ne descend pas en dessous de 25 ou 27 °C. Ces conditions font que de nombreux foyers, commerces et entreprises laissent fonctionner leurs systèmes de climatisation ou de réfrigération tout au long de la nuit, empêchant ainsi la demande électrique de diminuer comme cela se produisait autrefois après 22 heures.
Deuxièmement, les températures élevées n’augmentent pas seulement la demande, elles réduisent également la capacité et l’efficacité des principales sources de production électrique. Tant les centrales nucléaires que les centrales thermiques voient leur efficacité diminuer parce que l’air ou l’eau utilisés pour refroidir les systèmes de vapeur sont déjà trop chauds pour dissiper la chaleur de manière efficace. Cela signifie que, précisément au moment où l’on a besoin de plus d’énergie pour répondre à la demande accrue causée par la chaleur, les systèmes sont moins capables de la produire ou le font avec un rendement inférieur.
Pour toutes ces raisons, la combinaison entre la demande nocturne élevée due aux températures élevées et la diminution de l’efficacité des technologies de production accentue clairement la hausse des prix et met en lumière la vulnérabilité croissante des systèmes électriques européens face à un scénario de réchauffement climatique de plus en plus intense et difficile à gérer avec les modèles actuels. Cette tension s’accentue particulièrement aux moments les plus critiques de la journée, lorsque le soleil disparaît et que la production photovoltaïque chute brutalement. C’est précisément dans ces moments, avec une demande toujours élevée et une offre limitée, que les écarts de prix deviennent les plus extrêmes et que les limites physiques et structurelles du système électrique apparaissent avec le plus de clarté.
Feuille de route des actions à mener pour l’avenir énergétique européen afin d’atténuer les effets du réchauffement climatique.
Par conséquent, avec tout ce qui a été exposé jusqu’à présent dans cet article, il est clair que le problème actuel généré par la hausse des températures dans le système de production d’électricité est complexe et difficile à résoudre. Cependant, comme tout défi technique, il existe des solutions. Il est essentiel de garder à l’esprit que ces solutions nécessitent du temps pour être conçues, déployées et pour que leurs effets deviennent visibles, ainsi que des investissements économiques significatifs et, surtout, une volonté sociale et politique pour les mettre en œuvre. Les demi-mesures ou les reports ne suffisent pas : il faut agir avec détermination.
Face à cette réalité, et pour pouvoir faire face à une situation de plus en plus récurrente, marquée par l’augmentation soutenue des températures et aggravée par des épisodes de vagues de chaleur estivales plus fréquentes, le rapport publié par EMBER souligne trois axes d’action prioritaires que l’Europe devrait adopter en urgence pour renforcer la sécurité, la flexibilité et la résilience des systèmes électriques.
Intégration des systèmes de stockage d’énergie dans le modèle renouvelable :
La première mesure consiste à faire évoluer le système électrique actuel, qui a déjà intégré les énergies renouvelables comme principale source de production d’électricité pendant les heures diurnes, vers une intégration déterminée de systèmes de stockage d’énergie dans ce nouveau modèle. Les batteries électriques ainsi que les batteries gravitationnelles, via des centrales hydroélectriques réversibles, seront des outils clés pour atteindre cet objectif. Ces systèmes sont essentiels pour stocker l’excédent d’énergie solaire produit pendant les heures centrales de la journée et le restituer le soir, lorsque la production photovoltaïque chute, mais que la demande reste élevée, notamment lors des épisodes de chaleur persistante qui prolongent la demande jusqu’à la nuit. Sans cette capacité de stockage, les systèmes électriques continueront à subir des déséquilibres entre l’offre et la demande, avec la pression correspondante sur les prix et le risque pour la stabilité du réseau.
De plus, il convient de souligner que concernant les batteries électriques, plusieurs rapports récents indiquent un changement imminent grâce à la chute rapide de leurs coûts. En 2024, le prix des batteries a diminué de plus de 50% par rapport à 2023, et rien qu’au premier trimestre 2025, en Chine, une nouvelle baisse de 30% a été enregistrée. Avec cette tendance continue, toutes les prévisions convergent pour indiquer que nous sommes de plus en plus proches de pouvoir déployer des installations photovoltaïques avec stockage capables de couvrir les besoins énergétiques 24 heures sur 24, avec des coûts par kWh nettement inférieurs à ceux des systèmes de production conventionnels. Cette révolution technologique ouvrira, dans un délai de 2 à 3 ans, un nouveau scénario où les installations d’autoconsommation avec stockage, tant dans le secteur des entreprises que dans le secteur résidentiel, pourront pratiquement couvrir 100% des besoins énergétiques avec des prix beaucoup plus compétitifs et stables. Cela représente un changement structurel du modèle du système électrique à court et moyen terme, qui accélérera la transition vers un système décentralisé, renouvelable, plus résilient et avec un coût énergétique sensiblement inférieur au modèle actuel fondé sur la production centralisée et les combustibles fossiles.
Renforcement et extension des interconnexions électriques européennes :
La deuxième mesure consiste à renforcer et à étendre de manière décisive les interconnexions électriques entre les pays, une action fondamentale pour progresser vers un système énergétique européen plus sûr, plus résilient et plus efficace. Disposer d’un réseau solide et bien connecté permet de compenser les déséquilibres de production et de consommation qui se produisent inévitablement entre différents territoires. Cette capacité d’échange permet à l’excédent énergétique d’une région, notamment lors des périodes de production renouvelable maximale, d’approvisionner les zones en déficit, que ce soit en raison d’un manque de ressources naturelles pour des raisons météorologiques ou d’incidents affectant la capacité de production locale.
Cette capacité d’interconnexion et de soutien mutuel devient cruciale dans les situations de stress énergétique ponctuel, comme celles qui se produisent lors des vagues de chaleur, lorsque la demande d’électricité augmente brusquement et de manière généralisée, ou lorsque certaines technologies de production, comme les centrales nucléaires ou thermiques, se voient limitées par des facteurs environnementaux, tels que le manque d’eau froide pour le refroidissement ou la surchauffe de l’air ambiant. Sans interconnexions suffisantes, ces situations comme celles que nous avons connues lors de la dernière vague de chaleur persisteront, et continueront de provoquer des déséquilibres de prix, des tensions sur le réseau et, dans des cas extrêmes, des coupures d’approvisionnement. En résumé, les interconnexions sont essentielles pour un système électrique européen moderne et durable. Et, sans une interconnexion correcte des réseaux entre les pays, la transition énergétique et la lutte contre le changement climatique seront gravement limitées.
Promouvoir la flexibilité de la demande et l’autoproduction distribuée :
La troisième mesure stipule que tous les systèmes électriques européens devraient se concentrer sur le renforcement de la flexibilité de la demande, un aspect souvent négligé, mais fondamental pour garantir la stabilité d’un système électrique hautement renouvelable. Il ne s’agit pas seulement de transformer la manière dont nous produisons l’énergie, et par ailleurs de transformer la manière et le moment où nous la consommons.
Cette flexibilité peut être encouragée, tout d’abord, par des tarifs dynamiques qui incitent les consommateurs à déplacer une partie de leur consommation vers les heures où la disponibilité d’énergie renouvelable est la plus grande. Mais, ce n’est qu’une partie de la solution. Il convient d’y ajouter l’introduction progressive et massive de batteries de capacité moyenne, de 10 à 50 kWh, dans le secteur domestique, ce qui permettrait non seulement de maximiser l’autoconsommation, mais encore de réduire l’impact des pics de demande sur le réseau général.
En outre, la généralisation des systèmes d’autoproduction d’énergie et de stockage dans les industries et les entreprises du secteur des services, tels que les ports de plaisance et commerciaux, les aéroports, les hôtels, les campings, les centres commerciaux ou les terrains de golf, pourrait conduire à la création de hubs énergétiques locaux qui non seulement amélioreraient la résilience et la flexibilité du système, mais permettraient aussi la création de communautés énergétiques et la réduction du coût moyen de l’énergie par kWh pour les entreprises concernées, améliorant ainsi leur compétitivité économique. Ce modèle de production distribuée avec stockage allégerait non seulement la pression sur le réseau lors des périodes de demande maximale, mais contribuerait également à accélérer la transition énergétique vers un système plus décentralisé, plus efficace et mieux préparé à faire face aux effets d’un scénario de changement climatique de plus en plus exigeant.
Conclusions
Ce que révèle véritablement l’ensemble de cet enjeu, c’est que si nous voulons éviter des situations telles que celles vécues lors de la dernière vague de chaleur, avec des hausses des prix de l’électricité et des problèmes de fonctionnement des centrales nucléaires et thermiques dus aux températures élevées, il est impératif d’accélérer la transition énergétique vers la décarbonation du système électrique. Cela ne sera possible qu’en renforçant résolument les sources d’énergie renouvelable et en mettant en place des systèmes de stockage de l’énergie capables de garantir la continuité de l’approvisionnement durant les heures sans rayonnement solaire.
Avancer dans cette direction permettra de réduire progressivement la dépendance aux centrales de cogénération, aux cycles combinés et aux centrales nucléaires, limitant ainsi les vulnérabilités que ces technologies présentent dans des scénarios climatiques extrêmes. Avec un système fondé principalement sur les énergies renouvelables et le stockage, il serait possible d’éviter en grande partie les hausses de prix et les pertes de capacité de production que nous avons décrites tout au long de cet article.
C’est pour ces raisons que la société doit prendre conscience que la transition énergétique ne consiste pas simplement à remplacer une technologie par une autre, mais implique un véritable processus de transformation structurelle du système énergétique qui doit être porté collectivement. Ce processus doit permettre de réduire les coûts de production d’énergie, de garantir la sécurité et la stabilité du réseau, et d’adapter la production, le stockage, la distribution et la consommation d’énergie à un contexte mondial profondément marqué par le changement climatique.
Ce n’est qu’avec cette vision d’ensemble et une action déterminée que nous pourrons garantir que les systèmes électriques européens soient capables de résister aux impacts croissants du réchauffement climatique, tout en assurant un approvisionnement énergétique stable, abordable et durable pour l’ensemble de la société.